Traversée du Pelvoux (3948m) Jeudi 18 Juin 2009
Longtemps considéré comme le plus haut sommet du massif et de toutes les Alpes françaises (avant l’annexion de la Savoie), le Pelvoux
est une immense montagne de neige et de roc, un véritable massif à lui tout seul. C’est parce que, de la vallée de la Durance, sa masse imposante cache une bonne partie du massif des Ecrins –
dont son point culminant, la Barre des Ecrins – que le Pelvoux était pris pour la plus haute montagne de la région et cela explique aussi pourquoi il a longtemps donné son nom au massif tout
entier.
Le Mont Pelvoux comprend quatre sommets assez individualisés : la Pointe Puiseux (3948 m, point culminant), la Pointe Durand
(3932 m), le Petit Pelvoux (3753 m) et les Trois Dents du Pelvoux (3682 m). Cette magnifique montagne est riche en parois, glaciers, couloirs et arêtes – autant de courses merveilleuses et
sauvages comme il n’en existe nulle part ailleurs.
La traversée du Pelvoux est sans doute l’une des plus belles courses emblématiques du massif « par sa diversité, par son intérêt
technique et par l’allure des lieux parcourus » (G. Rébuffat). En effet les difficultés durent jusque dans la vallée avec les derniers passages rocheux de la vire d'Ailefroide qui ramène au
village. L’ascension du couloir Coolidge, à la montée, et la descente du glacier des Violettes, l’un des plus merveilleux et des plus tourmentés des Ecrins, font de cette course une magnifique
chevauchée en altitude. Tout commence à Ailefroide, haut-lieu de l’alpinisme et de l’escalade et c’est également à cet endroit que la course se termine, après avoir descendu les quelques 2440
mètres qui le sépare du sommet du Pelvoux.
Du sommet de la Pointe Puiseux, le panorama est grandiose – sans doute l’un des plus beaux de toutes les Alpes.
Mercredi 17 Juin, avec Eric Mossiere , tranquillement j’emprunte le sentier qui nous mène au refuge du Pelvoux (2706m) ; nous sommes relativement confiants pour demain matin car les différents bulletins météo confirment un 5 nœuds de O/NO …donc nous devrions décoller en parapente du sommet ! L’été dernier Louis y
avait réalisé un vol hold up et c’est en pensant à son récit ainsi qu’à celui d’Ariane (club Au gré de
L’Air) , à notre Marc Lassalle national et mon ami Roland que je rythme mes pas sous l’œil des chamois intrigué par mes chaussettes de contention(hé
oui on se fait vieux !) couleur bleu schtroumpf . J’avais aussi lu des récits des alpinistes qui
avaient fait la traversée du Pelvoux : quelle bavante avec ses 4 rappels à enchaîner, son brassage de neige, les dangers objectifs (brouillard, foudre, grêle, avalanche, chute de séracs et
de parpaings, attaque de yétis, ours blancs et que sais je encore !) mais ce n’est pas pour moi car on redescendra en volant ! P’is j’ai
horreur de redescendre à pieds ! 2h45 plus tard (1200m dénivelé) : refuge du Pelvoux, magnifique,tenu par Nicolas le gardien très accueillant.
Diner; miam miam glouglou
Réveil matinal, 3 heures, eh oui la course est longue, la descente exposée à l'Est (mais pas pour nous car on espère décoller du
summet vers les 8h/9h max.) , il faut partir tôt.
Du refuge, à la lueur de la frontale on monte au nord d’abord par des rochers faciles puis par une sente longeant la moraine du
Glacier du Clot de l’Homme. D’est en ouest, la traversée sous ce glacier par un névé se fait aisément. Par de vastes pentes neigeuses on aboutit à la
Bosse de Sialouze (3244 m). On prend pied sur le glacier et on se dirige vers le couloir Coolidge : le clou de la montée .L’ascension de
celui-ci (500 à 600 mètres) est agréable sans être débonnaire (pente moyenne à 35 ° mais plus raide 45°dans les 100 derniers mètres). La sortie peut
être exposée aux chutes de pierres selon l’heure et les conditions, on se prend des petits blocs de glace sur la tête d’ou le port du casque..
Arrivés en haut du couloir (ouf !!!)sur le plateau du Pelvoux après
un bon rythme soutenu ( on commençait à rattraper les cordées qui nous précédaient malgré nos sacs plus lourds),on pose nos bardas pour finir les derniers 100m qui nous séparent de la pointe Puiseux (3948m) : 7h15 : The Summit !!!Spectacle magnifique, grandiose, émouvant, vue
époustouflante, sur ma gauche l’imposante Barre des Ecrins et au loin on aperçoit le Mont Blanc !
Quelques clichés pour immortaliser cet instant magique, on regagne vite nos sacs (avec Eric en haute montagne, on ne traîne
pas !)
Argh (= saperlipopette !)! Sur le plateau glacière le vent est cul en rafales de 30 km/h… !! Vite on se dirige vers le petit Pelvoux à gauche de la Pte Durand :Damned ! Encore Arrière ! On
part au dessus du glacier des Violettes vers les 3 Dents (j’aime ça !) :Enfer et damnations ! Grosse rafale de cul qui fait dévaler ma gourde dans les crevasses du glacier…
La météo est la science qui prévoit le temps qu ‘il aurait du faire….me dis je.
« On n’ est pas là pour se tuer ! hein Bernard » Eric me propose donc de descendre par la fameuse Traversée et 1000m
plus bas on pourra probablement décoller face à une hypothétique brise (de face) et dans une neige porteuse…
Ouais….. ! Répliquais je laconiquement sans enthousiasme….
Nous voila partis en suivant la rive gauche du glacier vers 3600m, en passant sous des
séracs, se faufilant au milieu des crevasses pour rejoindre une crête rocheuse émergeant du glacier pour trouver un 1er anneau de rappel (45m) ;
à ce moment là j’avoue être un peu moulu : assoiffé, essoufflé, les cuisses en feu, maladroit dans les pentes neigeuses ( à mi cuisses par moment) et dans les désescalades des ressauts
rocheux pourris avec ces maudits crampons aux pieds .Ceci dit l’ambiance est exceptionnelle :
mélange de roc et de glace , j’adore !L’installation des différents rappels par Eric me permet de souffler un peu ; au 3eme rappel, il
installe un « corps mort » avec son piolet enfoui dans la neige afin de gagner du temps sur les autres cordées qui nous précèdent….me
descend en moulinette puis redescend lui-même en désescalade. Nous atteignons le replat du glacier
(3200m).
Là j’adore ce passage :Traverser le plateau glaciaire horizontalement jusqu'à l'épaule neigeuse rive droite (danger de chute de séracs, on passe sous le couloir Chaud) Eric , cette fois ci
me précède et me demande de marcher le plus vite possible pour nous mettre à l’abri d’une éventuelle chute de séracs puis on enchaîne une courte
escalade de 7-8m dans un mur morainique pourri (une corde fixe est en place) ; je tire la langue à bout de souffle , prends du sucre , une gorgée d’eau et c’est reparti… j’en bave un peu mais je me régale, , continuons !
On passe le versant SE pour descendre un couloir dans une barre rocheuse (rappel de 40m et désescalade délicate pour Eric). On rattrape la branche de
droite du névé qui suit jusqu'à une deuxième barre que l'on franchit par un couloir sur la gauche (rappel 25m) et enfin on rejoint le Névé Pélissier , nous sommes vers les 2800m …. C’est à cet endroit que nous décidons enfin de
déplier nos parapentes ; ainsi cela nous épargne 2h de marche encore un peu technique…et surtout ,1000m de vol sublime nous attend….
Vent nul , pente idéale , je décolle puis Eric m’emboîte le pas …. Je pousse le hurlement primaire de joie et de
soulagement dans le ciel ; une larme de bonheur coule et se perd sur cette superbe montagne …je profite du panorama et de ce moment de plénitude absolu.
Nous posons comme prévu à Ailefroide , il est 11h30 , cet instant précis est
magique : c’est si bon ! A l’heure ou j’écris ces lignes mes cuisses s’en souviennent encore !
Que ma joie demeure….
Minh ( never stop exploring)
( Bernard ...tu ne m'en voudra pas de l'avoir mis en ligne .)
Bams
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