*LA THEORIE DES VACHES SAVOYARDES.*
On ne le dira jamais assez, mais les vaches savoyardes sont de
précieuses alliées pour nous parapentistes apprentis crossmens.
L'histoire que je vais vous raconter en est la preuve. Je tiens à le dire,
les faits relatés sont véridiques, seule l'interprétation finale que j'en
fais pourrait en faire rire certains, mais en y réfléchissant bien ils se
rendront bien compte que mon explication tient la route.
Or donc, en ce dimanche 25 septembre 2005, je me trouvais en Savoie, à
l'occasion de la Coupe Icare. Après être allé aider quelques valeureux
pilotes du club à décoller dans leurs superbes déguisements (excuse moi
Francis, je suis arrivé un peu en retard, mais j'ai une photo du poisson
lune en vol, c'est géant), je décidais d'aller tenter un cross un peu
ambitieux au départ du Sire, au dessus de Chambéry.
J'avais essayé en vain d'emmener avec moi Dudu, Georges, Denis, Hervé
et d'autres, mais l'attrait de la méga teuf à St Hil avait été le plus fort.....
C'est donc avec Béa que je me retrouvais à 15h30 au décollage du Sire.
Le cross que nous comptions faire était ambitieux :il s'agissait de
passer par le Revard, remonter par la montagne de Banges, transiter
vers le Semnoz, puis raccrocher le Roc des Boeufs et finir dans la vallée
des Bauges.
Vu la faible hauteur des plafonds, l'état avancé de la saison, l'heure
tardive et le doux soleil automnal, il aurait fallu s'appeler Ingmara
Jones, l'aventurier du Thermique perdu, pour réeussir un tel pari....
Or donc après s'être gentiment mis en l'air, nous voila en train de
faire un crochet par la Croix du Nivolet (c'est une montagne qui
surplombe Chambéry),c'est toujours ça de pris et ça rajoute 2 km de
plus à notre cross...)
Après avoir pris 200m au dessus de la Croix, Béa prend la direction du
Revard, je la précède de quelques mêtres et le long de cette magnifique
crête nous glissons légèrement accélérés en traversant les thermiques
presque sans rien perdre.
L'objectif est le suivant : il faut aller plus vite que le soleil qui, en cette
saison se couche tôt et n'est pas vraiment violent.
Erreur me diront certains, tu aurais dû faire le plaf à chaque
thermique, la suite de l'histoire va leur donner raison !!!
Nous voila donc au radada sur le Revard, il faut dire pour notre
décharge que les pilotes locaux font tous demi tour ici et regagnent
tranquilement le Sire.
Craignant un petit "sous le vent" je m'engage prudemment dèrrière le
relief (hier au même endroit un pilote a fait secours sous mes yeux
suite à un gros cisaillement).
Aujourd'hui rien de tel, tout baigne, mais en passant en nord ouest
dérriére le Revard, tout est à l'ombre, alors commençe un dur combat
pour ratisser tout ce qui passe. J'arrive à me maintenir difficilement
sur une crêtouille, Béa se bat en contrebas sur un épaulement boisé.
Je tente une transition désespérée sur les petites falaises de Banges,
Béa me voyant partir quitte elle aussi son petit relief....
Nous nous enfonçons inexorablement,ça sent la vache, et c'est là que
mon histoire commençe véritablement......
Ayant une petite réserve de gaz, je cherche à me poser le plus près
possible du village afin que ma mère qui nous fait la récup ne galère
pas trop. Je choisis donc un grand champ en bordure de route à l'entrée
du village.....erreur !!! Béa, elle, se pose dans un petit pré un peu
plus haut et atterrit en posant le pied dans une bouse de vache, le
pied gauche, c'est un signe qui ne trompe pas, le bonheur était dans le pré
et elle l'ignorait....
Alors que je replie ma voile, je reçois un appel de détresse angoissé
sur la radio :
-"Au secours Loïc, je suis en train de me faire attaquer par un troupeau
de vaches, je crois même que ce sont des taureaux car ils ont des
anneaux avec des piques dans les naseaux "
En fait, il s'agissait tout simplement d'un troupeau de génisses, des
jeunes vaches auxquelles l'on met cet anneau muni de piques afin
qu'elles ne têtent plus leur mère.En effet cette dernière,sentant les
piques lui chatouiller les mamelles,balance de grands coups de sabots à
sa progéniture et la dissuade ainsi de tèter.
Mais ces génisses,si jeunes soient elles, en connaissent déja un rayon
en aérologie, pensez vous, en passant le plus clair de leur temps à se
faire caresser l'échine par les brises thermodynamiques dans les
alpages tout au long de l'été, on devient vite un pro de la météo.
Mais ça peu de gens le savent...
Or donc,lorsque Béa se fut posée, une vache vint la voir :elle la
regarda de ses grands yeux expressifs, puis d'un hochement de tête elle
lui indiqua le ciel,puis la direction de la vallée, mais Béa ne sut
interpréter ces signes...elle continua à replier sa voile.
Dépitée,la jeune vache s'en alla chercher ses copines, peut être qu'à
plusieurs elles arriveraient à se faire comprendre.....
Et c'est là que Béa s'affola...
-"Au secours Loïc,elles bouffent ma sellette,y'en a même qui sortent ma
voile de son sac.."
Prise de panique, Béa gesticule et affole ces braves bêtes qui, je vous
le promets, ne lui voulaient que du bien; elle parvient tant bien que
mal à récupérer tout son matériel, passe de l'autre côté de la cloture
et se croit sauvée......mais elle perd ainsi la possibilité de poursuivre
son cross....
Vous allez me demander des explications, je vais vous les donner.
Ces merveilleuse bêtes, dans leur grande bonté envers les
parapentistes, ont essayé en vain de la convaincre de redécoller :
regarde lui a dit la première, le thermique est là, il remonte la pente.
Puis le troupeau est arrivé à la rescousse: les unes lui ont replacé la
sellette face à la pente, d'autres s'apprêtaient à lui étaler l'aile.....
quelle ingratitude de la part de Béa devant tant de bonté de la part de
ces braves bêtes....
Ouais vous me direz, cette interprétation est bidon, c'est n'importe
quoi, le Loïc il débloque, il a fumé la moquette de St Hil, c'est des
crasses, il a mal volé ces derniers temps, y ferait mieux de revenir
voler à la Ste, à chaque fois on y fait au moins 68 bornes(cf cross
Loïc la Ste Mézzel sur parapentaix).Bref vous ne voulez pas me croire, et
pourtant réfléchissez bien.......
L'expression "se vacher" elle vient d'où hein ??? posez vous la
question ??
Pourquoi ne dit on pas : "se moutonner", ou alors" se chêvrer" ??Vous
voyez bien que les vaches sont plus douées que les autres dans ce
domaine!!!ça ne vous suffit pas comme explication j'en étais sûr,et
bien réfléchissez encore : vous êtes vous déja vaché dans un champ avec
des vaches??? non, et bien moi oui et que se passe t'il donc :
-premièrement, alors que vous survolez le troupeau en essayant de
repérer un endroit propre où poser (vous n'allez quand même pas
atterrir sur le dos de ces balises météo à quatre pattes), d'elles mêmes elles
s'écartent rapidement pour vous laisser la place....non me direz vous,
ce n'est pas parcequ'elles ont peur, c'est par pure sympathie envers
vous,ensuite regardez bien leurs queues, elles vous indiquent le sens
du vent à l'atterro, si elles battent dans tout les sens, ce n'est pas à
cause des mouches comme on pourrait le croire, mais plutôt parceque le
vent est changeant au niveau du sol .Si leurs queues ne bougent pas,
c'est qu'il y a du gradient, alors gardez les bras hauts et prenez de la vitesse...
Vous êtes moins sceptiques maintenant n'est ce pas; ça y est ma théorie
sur les vaches savoyardes vous a convaincu, si vous n'êtes toujours pas
sûrs, demandez à Béa, elle confirmera mes dires....
Alors la prochaine fois que vous aurez à vous vacher en Savoie,
choisissez un pré avec des vaches, j'ai bien dit des vaches, celles
avec les mamelles, pas des taureaux eux ils ont des coucougnettes, c'est
facile à reconnaitre en vol. Tâchez de poser en mettant le pied gauche
dans une bouse, fraiche de préférence,ça porte bonheur et ça augmentera
votre taux de réeussite, puis, lorsque le troupeau se rue sur
vous...enfin je veux dire lorsque le troupeau vient vous proposer son
aide, laissez le faire. Laissez le transporter votre sellette, même si
l'endroit où il la dépose ne vous parait pas décollable, fiez vous à
l'instinct de ces bêtes.
Ok, je vous l'accorde il se peut qu'il y ait un peu de bave vur votre
sellette, mais quand on veut faire des bornes on ne s'attarde pas à ces
détails, puis laissez les étaler votre voile, ok, d'accord, je vous
l'accorde, il se peut qu'elles vous bouffent un ou deux caisson ou
quelques suspentes, mais vous n'êtes pas à ça près, et d'ailleurs de
nos jours nos voiles sont largement assez performantes,bref, restez zen et
laissez les faire elles s'occuperont de tout et vous ne serez pas déçus.........
Voila, c'est la fin de mon histoire sur la théorie des vaches
savoyardes,à vous maintenant de la mettre en pratique, je reste à votre
entière disposition pour tous les détails pratiques qui pourraient vous
avoir échappé.
Si cette histoire vous a plu, si ma théorie vous a séduit, en bref si je ne
vous ai pas trop gonflé, faites le moi savoir sur le blog de Raymond.
Si vous êtes nombreux à m'encourager, je vous raconterai la merveilleuse
histoire, d'Hervé JAVOS, et comment ce très bon pilote fait pour partir
en cross et faire des bornes en short et sans vario.............
Merci de m'avoir lu jusqu'au bout, et a + en vol
Loïc
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