TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LA BLONDE DU COL DE LESCHAUX ........ ET QUE VOUS N'AVEZ JAMAIS OSÉ DEMANDER .
Il fait mauvais, ça ne vole pas, alors c'est parti pour une histoire.....
Bien des choses ont été dites sur cette affaire, il est temps maintenant de rétablir l'exacte vérité....
Je tiens à préciser que les personnages de cette histoire sont réels et que les faits se sont bien déroulés comme je vais vous le raconter, l'interprétation que j'en fais n'engage que moi....

Or donc, ce dimanche 23 avril,sur le coup des 14 h00, nous revoilà toute la joyeuse bande (Béa, Bamsou, Eric, William, Bressou et mézigue) au départ du col de La Forclaz en quête de notre saint Graal :
Le Grand Tour des Bauges...
Après s'être fait copieusement tarté( expression fétiche du Bamsou pour dire que les conditions sont excellentes) sur le Lanfonnet et les Dents de Lanfon, nous voilà en transition sur le Roc des Boeufs.
Béa, Eric et moi même arrivons très bas, niveau sous sol, à la limite des champs pour poser.
Le Bressou lui est au premier étage, un peu plus confortable, quant au Bamsou qui est parti de plus haut sur les Dents, il est au deuxième niveau, en sécurité ....
Tout le Roc est plongé dans l'ombre des cums qui se forment plus haut.
C'est alors que commence un combat qui va durer une bonne demi heure pour tenter de s'extraire de là.
Il n'y a pas de brise, que des thermiques anémiques qui nous montent d'une dizaine de mètres puis nous lâchent subitement....et comble du désespoir d'autres pilotes partis eux aussi des Dents arrivent sur nous comme des chiens dans un jeu de quilles.
A ce stade, la situation peut de résumer ainsi : « Trop de monde, dans trop peu d'espace et avec de trop petites conditions... ».
On est limite non respect des priorités, et dès qu'un pilote enroule un pet de mouche, c'est la ruée sur sa bulle.
A ce petit jeu nerveusement éprouvant, certains jettent l'éponge et vont poser, nous on s'encourage sur notre fréquence, chacun s'accroche à sa position sans rien lâcher.
A un moment, le Bamsou qui est parvenu au niveau de la première ligne électrique nous nargue :
_ « Dites les gars, ça doit pas faire bon d'être là où vous êtes....moi j'dis ça parceque...... »
Là je craque et je prends le micro :
« Espèce d'enfoi...., attends que je remonte. »
Alors il me sort la réponse qui tue :
« Dis donc, t'as pris un sacré risque en lâchant la commande pour me répondre !!! ».
C'en est trop !!!
Le soleil réapparaît, le Bressou chope une bulle et remonte, j'en chope une moi aussi et on débouche enfin au dessus de la crête.
C'est alors que le William qui avait tranquillement patienté sur les Dents nous passe bien au dessus de la tête : sacré Willy, c'est qu'il a du métier le bougre....
Plus on se rapproche de la base des nuages, plus ça tire.
Alors qu'on franchit la deuxième ligne électrique, on entend le Bamsou pleurer sa mère à la radio : _ « Je viens de me prendre du +8 et trois cravates au bout du Roc des Boeufs, je rentre sur La Tournette. ».
J'essaye de le convaincre de nous attendre mais rien n'y fait, il est déjà en route.
Au bout du Roc, à 2550m, une rue de nuages mène directement sur la Margériaz.
Le Bressou est déjà dans la transition, quant à William il est à un thermique derrière moi.
A mi chemin, toute la Margériaz passe à l'ombre, Olive se fait piéger et tente de se refaire en vallée sur les plans d'eau de Lescheraines, j'arrive au niveau de la petite barre rocheuse, gratte au relief mais ne trouve rien, en désespoir de cause je file en vallée rejoindre Olive, je prends quelques petites bulles, pas assez pour me refaire.
Trop bas, il faut aller poser du bon coté de la vallée, près de la route principale.
Le Bressou me rejoint et pose à coté de moi, on sort de nos sellettes, et là le soleil revient, ça chauffe de suite, on enlève la combi, et devinez qui on voit au dessus de nous en train de raccrocher la Margériaz ?......le William !!!
Il était resté à l'agachon sous son nuage au bout du Roc en attendant que la vallée repasse au soleil, et ouais, ça fait partie de la stratégie du vol tout ça !!!
Je l'encourage à la radio : _ « Vas y t'as fait le plus dur, accroche toi et c'est tout bon... »
Mais par convivialité et parce que le Stop dans les Bauges, il n'y croit pas du tout, il vient par pure amitié poser avec nous.
Je suis assez lent au pliage, et quand je finis de boucler mon sac, il n'y a plus personne sur la route, tous deux ont déjà été pris en stop.
Je leur ai donné la direction à prendre, pas de souci, il savent où aller.
Je suis moi même assez rapidement pris et on me dépose au col de Leschaux où je retrouve mes deux compères.
Accolades, congratulations : vous voyez bien que ça marche super bien le Stop dans les Bauges.
William qui n'y croit toujours pas décide de partir devant : à trois au même endroit, selon lui, on a peu de chances d'être pris...
Le Bressou, un peu plus fainéant et surtout plus lourdement chargé s'éloigne un peu de moi, histoire de faire croire qu'on est pas ensemble.
C'est alors qu'arrivent en même temps deux voitures face à face au carrefour du col.
Du Semnoz descend une Clio conduite par une Blonde, de Bellecombe débouche une berline familiale conduite par un couple la cinquantaine.
- « La Clio, la Clio ... », me crie le Bressou dont l'oeil exercé pourrait repérer une femme à des lieues à la ronde.....
J'hésite, je pencherai plutôt pour la berline coté place pour mettre les sacs de parapente.
Je tends le pouce au hasard et c'est la Clio qui s'arrête, je m'approche .
_ « Bonjour, vous n'iriez pas par hasard en direction d' Annecy. » dis je en rangeant mon panneau Parapente retour voiture.
_ « Pas de problème » me dit d'une voix d'hôtesse la charmante conductrice dont la robe fendue laisse entrevoir.....euh !....je m'égare là, revenons à nos moutons.
Justement, y' en a un qui par l'odeur alléché rapplique avec son gros sac de 22 kgs.
Je regarde de nouveau la Blonde :
_ « Est ce qu'il y aurait aussi de la place pour mon collègue... »
Et toujours la même réponse langoureuse :
_ « Ca ne pose aucun problème...... »
Le regard de la Blonde croise celui du Bressou, son visage s'éclaire, il rougit, se confond en remerciements, balbutie des mots incompréhensibles, il est déjà sous le charme.....
C'est alors que j'aperçois William en train d'avancer, les vieux ne l'ont pas pris.....
Je regarde la Clio, Olive a mis son sac dans le coffre et s'apprête à monter, alors je tente le coup :
_ « Dites moi, j'ai encore un autre collègue un peu plus loin, ça ne vous dérangerai pas de........ »
_ « Sans aucun problème.... » susurre la voix chaude de la Belle à la chevelure de Feu.....
NB : la photo est contractuelle : degauche à droite en bas de l'image on reconnait sans peine William tout heureux de ne plus avoir à marcher, le Bressou au second plan dont on n' aperçoit malheureusement pas les mains balladeuses, ma pomme en plein extase, et bien sûr notre conductrice ( ce genre de filles,c'est monnaie courante dans les Bauges et ça n'a rien d'exceptionnel, les baujues sont toujours habillées comme ça, c'est leur costume traditionnel ).
On embarque donc le William surpris que l'on puisse tenir à quatre dans une Clio avec trois sacs de parapente et deux airbags de folie coté conducteur.....
La porte se referme, William a pris son sac sur ses genoux, le mien est entre Olive et moi, on entend alors le déclic de la condamnation centralisée des portes......
Le regard de la Blonde se fait pénétrant, du style grand méchant Loup qui dirait :
« Tiens les voilà les trois petits cochons, ils sont à moi, maintenant, par qui vais je commencer en premier : naf-naf, nif-nif ou nouf-nouf ?.... ».
Le silence s'installe et se fait de plus en plus pesant, je me racle la gorge, il faut à tout prix que je parle, cet huis-clos devient oppressant....
Dans le rétroviseur intérieur, la Blonde lance des regards de braise au Bressou, il est rouge et transpire à grosses gouttes malgré la clim qui tourne plein pot, il a du mal à soutenir ce regard « qui en dit long sans vraiment le dire....non moi non plou yé né pas sanzé..... ».
Et puis cette manie qu'a notre conductrice de passer en quatrième puis de rétrograder en troisième, et cette boite à vitesses qui craque sans cesse et le William qui ne dit rien....
Je n'y tiens plus :
_ « Euh....en fait, on ne va pas à Annecy, on a laissé les voitures à Planfait, et je connais un raccourci pour rejoindre St Jorioz, si ça ne vous dérange pas...... »
Et là, la réponse que l'on rêve tous d'entendre et qui vous laisse sans voix :
_ « J'ai toute l'après midi devant moi, personne ne m'attend, je n'ai pas d'horaires, je suis entièrement disponible.... ».
C'est alors qu'on a pris la petite route d'Entredozon qui permet de rejoindre St Jorioz sans passer par Sévrier, et je n'ai pas arrêté de parler.....dans le rétro intérieur, la Blonde me transperçait de son regard, le Bressou était dans un état second proche du Nirvana, la boite à vitesses n'arrêtait pas de craquer et William poussait des petits: « oui ! oui !» de temps en temps.
J'avais l'impression que si je m'arrêtais de parler, la Blonde allait donner un coup de volant pour s'engager dans un chemin obscur, tirer le frein à main, couper le moteur, et là, nous ne pourrions plus répondre de rien...... nos natures bestiales allaient se déchaîner et.......
Finalement elle nous a tout bonnement déposés à St Jorioz, la séparation fut très difficile, nous n'arrivions pas à détacher nos regards du sien :
le Bressou ne s'en est jamais remis, le William rêve de rouler en Clio grise, quant à moi, tous mes cross s'arrêtent désormais au col de Leschaux où j'attends inlassablement que le miracle se reproduise.....
Bon d'accord, sur le coup, après son départ, on se l'est joué macho :
_ « Ouah !!! la vache, t'as vu la Blonde, la cote qu'on avait avec, c'est à dire que trois beaux gosses comme nous, c'est pas tous les jours qu'on tombe dessus comme ça, hein, puis faut dire qu'elle était pas farouche pour un brin, elle n' aurait pas reculé devant la besogne..... ».
Bref, des trucs de mecs qui veulent sauver la face, mais son regard troublant hantera pour toujours le fond de nos coeurs et la vision de son « perfect body » nous fera passer plus d'une nuit blanche........ .......bon, là j'en fais un peu trop, ch'uis en plein dans le style Kleenex....
Pour finir, William est à nouveau parti devant à St Jorioz ( lui, il ne peut pas faire du Stop sans marcher ) et deux minutes après, il nous a dégotté un camping-car super luxueux où nous nous sommes installés autour d'une table.
On n'a pas osé demander qu'on nous serve une bière, faut pas pousser, on est des mecs bien élevés, et en fin de compte, on est arrivés pile poil devant nos voitures sans courbatures aux mollets.
C'est ainsi que s'achève cette histoire, tout ça pour vous dire que le Stop dans les Bauges, c'est une merveilleuse aventure à tous les coups.......
PS : notre charmante conductrice le matin au réveil après une soirée Diots aux vin blanc le tout arrosé de patates au lard ........( on ne nous voit pas sur l'image, on est parti discrètement alors qu'elle ronflait encore )
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