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Publié par Frigorifix

Dimanche 17 avril 2011 : une bien bonne journée pour crosser dans les Alpes !

 

http://soaring13.free.fr/162.jpg

 

Mise en situation : ça fait déjà une semaine qu'on est sur Saint-Hilaire pour notre session annuelle de cross. En ces quelques jours, on a pu engranger une vingtaine d'heures de vol, aussi bien en compétition sur Montlambert qu'en cross dans les Bauges, la Chartreuse et le massif de Belledonne. Rien de bien impressionnant pour le moment, mais de bien bonnes sessions de repérage de toutes sortes de points clef.

 

Samedi, on participe à la compétition de Saint-Hilaire : une première manche peu intéressante (64.2km), peu technique et du coup bouclée par 78 pilotes sur 110 ! On est un peu frustré le soir en pensant aux plafs qu'on avait dans la Chartreuse et aux petits kilomètres de la compétition et on tente d'oublier ces rues de cumulus en fêtant le bouclage collectif avec nos copains et des litres de bière.

 

Dimanche on pointe pour la deuxième manche tout en zieutant le plafond qui dépasse déjà largement les 2000m à 9h30... Christophe vient me voir : "bon, si la manche ne passe pas les 100 bornes, on part en cross !". Briefing à 10h30 : 64.1km toujours aussi "simples", c'est décidé on prévient l'organisation, on part de notre côté. (50 pilotes bouclent cette manche).

La météo annonce un petit flux de Sud, des conditions globalement instables et des plaf aux alentours des 2500m (pas si hauts pour cette région).

 

Pour suivre l'histoire, jetez un œil aux traces :

- celle de Christophe :http://parapente.ffvl.fr/cfd/liste/2010/vol/20102784

- la mienne : http://parapente.ffvl.fr/cfd/liste/2010/vol/20102782

 

11h30, on décolle avant que les 110 compétiteurs se mettent en l'air, histoire d'éviter d'être les uns sur les autres dans la combe du Manival. Horreur, malheur : on est obligé de gratter alors que nos derniers vols consistaient essentiellement à du cheminement sur les 13 premiers kilomètres qui nous séparent du Saint Eynard au dessus de Grenoble... On se retrouve 200m sous les crêtes à devoir s'appliquer pour sortir et perdre un temps précieux. Je peste, je m'énerve et je laisse déjà beaucoup d'énergie dans ces 45 premières minutes de vol... GRRRR, ça s'annonce mal !

 

Ensuite ça ressort bien et on dépasse les 2000m de plafond avant d'aller tourner le Saint-Eynard. On a pas trop le courage de pousser la balise "Sud" en allant jusqu'au Rachais (dernier relief sud de la Chartreuse) en voyant certains gars assez bas dans une zones aérologique qu'on connait comme assez violente. Le Saint-Eynard est moins méchant de la veille (un secours pendant la compétition), hop, hop, hop, on fait demi-tour et on revient traverser la combe du Manival (toujours aussi impressionnante, un autre secours en compétition la veille). On raccroche la dent de Crolles au niveau des gencives et on se fait méchament démonter par le vent du sud qui roule dans la combe au pied de la dent. Heureusement on arrive assez vite à monter au plafond (2300m) et à se mettre en sécurité. On marronne un peu de ne pas avoir encore plus de plafond (2500/2700 aurait été assez classique pour faire des bornes) et on chemine sous les nuages en faisant bien attention de ne pas rentrer dedans alors que l'on peut voir certains planeurs en sortir et manquer de nous couper en deux !

 

KM 40 : on arrive vers le Granier, dernier relief Nord de la Chartreuse. Compte tenu de l'heure, on décide de basculer sur les faces Ouest et on chemine tranquillement. Ça y est, on est au bout de le Charteuse, on est au nuage et malheureusement pas aussi haut qu'on l'aurait souhaité (2300m) pour attaquer les 12km de transition de la vallée de Chambéry qui nous sépare des Bauges. Deux jours avant j'ai fait le malheureux fusible de notre équipe pour la même transition et je me suis retrouvé en marche arrière au pied de Bauges alors que j'étais parti 100m plus haut. Cette fois nous avons un filet de sud qui devrait nous aider et du coup on se lance tous les deux, bord à bord pour raccrocher le point d'entrée dans les Bauges : le Montgelas, petite montagne à l'ouest de l'impressionnante Savoyarde. Compte tenu de l'horaire, on fait l'impasse sur la "courbe du chien" en partant du principe que la brise ne doit pas être encore trop forte et on tire droit sur notre objectif. Le calme absolu, les bras rentrés dans les cocons, on profite de ce moment de calme avant d'attaquer le prochain massif qui est déjà couvert de cumulus gigantesques.

 

Cette première transition départage nos voiles : Christophe avec sa vieille Avax RSE de 2003 et son cône qui a 700h de vol arrive en retard et avec 120m de moins et doit un peu plus gratter pour ressortir. J'ai la chance de trouver rapidement de quoi remonter à 1800 et du coup je peux passer assez haut sur le relief suivant (la Sauge), Christophe part plus bas (1500m) et arrive hors cycle. Bilan : je ressors instantanément au nuage à 2500m et le Tof se retrouve à radasser avec plusieurs autres pilotes. On est au kilomètre 60, nos chemins se séparent donc et je prends la tête.

 

La traversée de bauges est assez simple et classique : plein nord, je file sur le Gallopaz puis la montagne de la Buffaz, le pilier Sud du Colombier. Je dois faire régulièrement les oreilles pour ne pas disparaitre dans les gigantesques cum qui pompent assez fort. En sortie du Colombier, le Lac d'Annecy est bien là et il me tend les bras.Il faut choisir son cheminement : tout droit sur le Chabert qui est dans l'axe de la suite (le Roc de Bœufs) mais qui n'est pas bien haut et pas forcément si bien alimenté en brise pour le moment, un peu à droite vers le Julioz (mais je n'ai jamais cheminé dessus et je ne connais pas trop son fonctionnement) et enfin franchement à droite, sur les superbes falaises ouest du Trelod. C'est décidé : cap à droite pour tenter le Trelod et surprise, je croise du thermique bleu avant de le rejoindre. Du coup je peux remonter au nuage et filer sur le Roc de Bœufs, dernier relief des Bauges sur mon itinéraire.

 

KM 85 : gros dilemne, se payer le plaisir de la transition du lac d'Annecy (et si oui, comment) ou assurer le retour en sachant que je suis loin et que ça va être technique, d'autant plus technique que la journée sera avancée. Allez, Christophe est à la bourre, je m'en vais survoler le Lac ! J'hésite encore entre passer par le Col de la Forclaz et cheminer ensuite par les Lanfonnets pour rejoindre les dents de Lanfond ou tirer directement sur Planfait avec le double risque d'arriver bas (transition plus longue) et de ne pas arriver à sortir (il est déjà presque 15h)... Les deux autres voiles qui sont avec moi optent pour La Forclaz et comme je commence à envisager un retour, je décide d'essayer de gagner du temps en tirant droit sur Planfait.

 

8km de transition, un grand moment d'émotion en survolant Duingt et son chateau, la salamandre dans le Lac. Puis un grand moment de doute en voyant que je raccroche tout juste le déco de Planfait, que l'essentiel des pilotes font l'essuie-glace 50m au dessus et que le cumulus des Dents est en train de se dégonfler à vue d'œil ! Le temps de pester sur les pilotes qui me gênent dans le thermique en venant me couper la route dans leur va-et-vient, je force le passage sur le pilier Nord des dents, au raz les cîmes en partant du principe que la brise me permettra de patienter avant le prochain cycle. Bingo, après une courte branche à -4, je zérote et je prends rapidement mon plus beau thermique de la journée, un +5 magistral qui me propulse au nuage en quelques instants (un noyau instantané à +9.9m/s !!!). Un joli vrac à mi-chemin (80% de voile) ne m'arrête pas plus de 10 secondes, le temps de contrer et de se repositionner dans la pompe. Au nuage à 2500, j'ai une grosse envie de pousser les kilomètres en allant tourner le Parmelan, mais Christophe commence à refaire son retard et arrive sur le Roc. Il est bas et il sait aussi que le retour est compliqué et décide donc de faire demi-tour sans franchir le Lac. Du coup je retraverse pour le rejoindre.

 

KM 105 : j'approche du bout du Roc, je gratte assez bas dans les arbres et en bordure de relief, je peste, je râle et je finis par sortir au nuage à 2400 (décidement les plafs ne sont pas aussi bons que la dernière fois qu'on est passés par ici !). A nouveau un choix cornélien : Christophe tente un truc inhabituel et file sur le pilier Nord du Colombier (la brise des Bauges devrait lui assurer le dynamique et un magnifique nuage au dessus semble optimal), j'hésite et j'opte pour la Margériaz, itinéraire plus classique mais pourtant aucune des autres voiles ne semble vouloir s'y rendre pour l'instant, très probablement à cause de l'ombre qui la recouvre. Une fumée me confirme la présence d'une bonne brise en bas et je compte sur l'effet ascenseur de cette montagne.

 

KM 115 : je suis en train de courir dans les arbres, bien bas sur la Margériaz, tout seul avec le Tof qui est en train de faire le nuage sur son option... Nouvelle session de pestage (à voix haute, associé à un flux d'insultes pour ma pomme et mon option de crétin !). Heureusement le classique thermique du "premier tiers" est là !!! Je monte et je suis rattrapé par une paire d'U6. Nous faisons le nuage ensemble et ils continuent le chemin "habituel" vers la pointe sud de la Margériaz.

Je décide de couper vers le nuage qui est sur le pilier Sud de Colombier (la Bade), un peu inquiet de cette option pas tellement classique et heureusement, ça s'avère payant et je me retrouve à nouveau sous le nuage.

 

KM 125 : Aïe, aïe, aïe, je suis au dessus de la Buffaz et plus aucun nuage avant la sortie des Bauges ! Christophe prend une option de l'espace et file vers Montlambert où il se fait essorer et tire du coup en vallée pour fuir le probable sous le vent du rocher du guet. J'hésite à sortir directement au dessus de la Savoyarde, mais après une branche un peu similaire en partant de montlambert il y a quelques jours où j'avais fini à 5km/h et -6m/s face à la brise, je zieute les planeurs qui enroulent au coin du Montgelas et je file sortir par là. Je ne croise rien et du coup je poursuis la plus grande transition de mon vol : 22km pour tenter de rejoindre Bramefarine, petit relief d'entrée dans le massif de Belledonne sur lequel la brise de Chambéry vient taper assez fort.

 

KM 145 : ARGHH ! J'arrive pile au pied de Bramefarine, bloqué par une énorme ligne à haute tension. Pas moyen de passer sur le relief sans griller. Gros coup de chance, le champs labouré que j'ai visé me donne une petite bulle que j'enroule sur un tour et je me jette comme un mort de faim par dessus la ligne (10m au dessus !) en sachant pertinement que si je ne trouve rien, je vais finir dans les arbres, dans l'impossibilité de repasser cette satanée ligne. Christophe est aussi dans la même situation, bloqué entre la ligne et les arbres, sans issue de secours... Alleluiah ! Une hirondelle à ma droite fait un magnifique wing dans ce qui ne peut être qu'un thermique !!! Je file et je remonte au niveau de la crête. Le temps de prendre une petite option foireuse un peu sous le vent de la brise entre Bramefarine et le Saint-Genix, je remonte encore jusqu'à 1700m, ça y est, mon GPS me confirme que je suis à finesse de Lumbin et je glisse euphorique vers l'atterissage officiel de Saint-Hilaire.

 

Je pose épuisé après 6h25 de vol et 162km de cross en parfait aller-retour. Christophe me rejoint un quart d'heure plus tard, dans le même état de fatigue extatique !

 

Bilan de tout ça,

Points positifs :

- on s'est bien accroché, on a bossé de concert pour optimiser notre vol tout en gardant des options personnelles en fonction de notre felling et notre analyse du moment.

- j'ai su me reposer dans les transitions et voler "à l'économie", calculer des cheminements intéressants en l'état de mes connaissances du coin.

- j'ai rien lâché !

 

Points négatifs :

- on aurait jamais du être à Saint-Hilaire pour cette journée fumante et sans la manche de compétition, on serait parti de Saint-Marcel, nous simplifiant grandement notre aller-retour et nous permettant de pousser plus facilement au Parmelan.

- on aurait du voler plus vite (de manière générale et aussi à plusieurs occasion où je ne pousse pas mon accélérateur alors qu'il n'y a aucune raison de ne pas raccrocher le thermique suivant)

- j'aurais du sortir de la Savoyarde au milieu et j'aurai évité l'aventure hasardeuse de la ligne à haute tension de Bramefaine

- j'aurais pu passer sur les arrières reliefs de Belledonne pour pousser un peu le triangle (et faire le Rachais au début du vol) et faire +/-20km de plus.

 

Quoi qu'il en soit : des images inoubliables ancrées dans nos mémoires et l'envie de faire mieux la prochaine fois !

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francis 25/04/2011 11:35



Merci Frigo, pour le récit... pas besoin de photos pour rever.



Frigorifix 20/04/2011 17:46



Ah ouais, dessous ça aurait été particulièrement joueur !



Rv 20/04/2011 14:27



C'est vrai qu'un récit comme ça, c'est super: on a l'impression d'y être!


Petite précision pour les lignes haute tension: passer 1 m au dessus, ça craint pas tant qu'on s'enmèle pas dedans... mais attention aux arcs électriques si on passe en dessous: mise à la terre
possible!!!!



Yannick 20/04/2011 12:38



Ca laisse réveur . Quel beau récit.


Vivement que je fasse qu'une bribe de ce vol



Frigorifix 20/04/2011 11:16



On a pu rencontrer la fine équipe "Z-Fly" : une bande de locaux qui volent drôlement bien et qui se font de sacrées sorties.


 


Des photos de certains : PAR ICI