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Publié par L@urent

Il est une autre Sainte qui ne crie pas victoire mais s'accommode fort bien d'un petit nord ouest. Or pour ce premier dimanche de mai, c'est bien du nord ouest qui est annoncé. Qui plus est, il persisterait jusqu'à midi. Voilà qui est intéressant: premièrement, ça m'évitera de me lever dès potron-minet, deuxièmement, midi c'est l'heure des thermiques. La pythie bleue prédisant un vent forcissant et tournant plein ouest vers 14h, il n'est plus de Victoire qui tienne et je resterai donc fidèle à l'autre Sainte...

 

Dimanche matin, au réveil de la balise de Signes, 10 à 20 km/h de N. Et la balise de Signes, c'est la plus fiable des pythies de toute la Sainte Baume. Paresseuse cependant, car elle ne daigne se réveiller que vers 7h30 et ne prédit que le temps qu'il fait, secret de devin dont elle tire toute sa fiabilité! L'idée qui me trotte dans la tête depuis la veille prend alors forme: si je sacrifiais une chèvre, celle du voisin par exemple, peut-être les augures me seraient-ils propices et accepteraient-ils de dévoiler un peu plus des mystères de cette autre sainte si secrète? Chose faite: la pythie bleue fixe l'heure du décollage entre 10 et 11h, ce qui me laisse tout le temps d'élaborer un plan, un tantinet plus sophistiqué...et cette fois sans sacrifice.

 

L'idée de base consiste à décoller à l'heure de bonne augure, puis patienter en dynamique jusqu'à l'arrivée des premiers thermiques. Là, grimper une à une les marches qui mènent au plafond. Ensuite, partir contre le vent. Oui mais par où? Sortir la carte au 250 millièmes, Signes -Tourves. Se munir d'une règle à calcul. Prendre une gorgée de thé de sages pour l'inspiration. Faire moultes calculs savants. Noter ensuite tel un alchimiste, le précieux procédé par le truchement duquel les portes de l'aventure s'ouvriront. Ensuite, comme pour transformer le plomb en or, l'essentiel c'est d'y croire!

 

http://abeillesduplandaups.free.fr/divers/2011-recette.jpg

 

9h, montée. 10h, sommet; le vent est nord-ouest 5 à 10km/h, 15 en rafales. Premier contact radio avec la pythie de Signes: SE faible. Surtout ne pas tarder à décoller avant que le vent de change d'avis, car déjà il donne des signes d'essoufflement. A 10h30 comme convenu, l'augure invoque Zéphir et je décolle dans le divin souffle d'une bouffe favorable. A ce moment crucial, en mon fort intérieur, je me dis que ça valait bien une chèvre. M'étant assurées les divines grâces qui règnent sur cette montagne, j'évite le Golgotha, calvaire des parapentistes. Bientôt, je domine la chapelle d'une bonne centaine de mètres. Premier thermique. Je dérive jusqu'à 1200m vers le col du très saint Pilon. Transition sans encombre vers les Béguines. Mais une fois n'est pas coutume, ce ne sont pas les chemins qui mènent au Paradis que j'emprunterai.

 

11h, attente au Jouc de l'Aigle. Quelques thermiques sans ambition, qui ne mènent pas plus haut que 1200m. Les calculs certifiés ont beau prouver que ça passe, à vue d'oeil ce n'est pas tentant. J'attends encore un peu. L'ascendance dynamique permet de patienter sans souci et de farfouiller pour trouver les endroits qui déclenchent régulièrement. Puis un vrai thermique bien organisé vient à passer, qui dérive plus vers l'est que vers le sud, ce qui prouve comme les prévisions divinatoires l'annonçaient, que le vent tourne de plus en plus vers l'ouest. 1360m. 160m qui changent tout.

De là, tout semble plus rassurant, presque évident...et je pars le coeur léger. Plein nord. Là, une pensée pour la cohorte d'incrédules qui peinent encore sur les chemins tortueux d'une improbable Victoire, l'échine courbée, tandis que glissant dans l'air doux de fin de matinée, je m'élance souverain dans la première transition d'un cross mémorable - du moins pouvais-je encore à cet instant en caresser la douce espérance. A mes pieds s'étend immense et à perte de vue vers l'orient, un plateau de chênes et de pins. C'est bien beau mais faudrait quand même pas rencontrer une descendance à -2m/s sur les 3 prochains kilomètres, car la ferme à Vaquier n'est plus qu'un lointain souvenir! Ceci dit, peu de risque avec ce vent d'ouest-nord-ouest et le dynamique qui enveloppe ce versant-ci de la montagne. Je me dirige vers l'Ubac, car l'autre sainte aussi a son ubac même s'il est vrai qu'elle n'en dispose que d'un seul. En bon Savoyard qui ne cherche pas l'extase chère au très vénéré Jean-Michel, j'opte pour une trajectoire sans gloire à la manière des bas-alpins. Mon itinéraire, concocté matutinalement telle une alchimique potion, consiste à suivre une ligne de crête partant de l'Ubac, un contre-fort de la Sainte Baume et qui longe la plaine de Nans-les-Pins en direction de Rougier. J'espère y trouver un tantinet de dynamique et surtout une belle ligne de déclencheurs, sous le vent des généreux champs de la plaine.

 

Un peu à l'ouest de l'Ubac, me laissant dériver, j'avise un promontoire surmonté d'une antenne relais qui s'avère bien être la pierre philosophale de cette aventure. Car enfin, s'envoler d'une crête ou ça tient tout seul en dynamique et aller poser en ligne droite dans un champ à l'entrée de Nans-les-Pins, d'aucuns pourraient qualifier tout ceci de bête hors terrain. Tandis qu'enrouler depuis cette antenne méconnue, un improbable pet anémique à +0,1 en dérivant au dessus de l'inhospitalière forêt de Brocéliande, jusqu'à péniblement atteindre l'altitude du décollage, ne voilà-t-il pas qui forcerait, même le plus irrévérencieux de tout les incrédules, à reconnaître à ce point précis de mon récit, toute la superbe d'un départ en cross! Surtout si d'aventure, le susdit irrévérencieux arrivait au même instant, précisément à l'apogée de son haletante ascension de la sainte adverse, pour découvrir que finalement il lui faudra tout redescendre, sans victoire cette fois..ad pedibus.

J'attaque alors la deuxième transition du jour vers un talweg un peu plus à l'est, au bien nommé lieu-dit «Barnum» (véridique, car je sens bien ici vos regards dubitatifs) et dominé d'une petite colline toute aussi bien nommée «la Grosse Colle» (véridique aussi!) et au relief pourtant prometteur. Si nous n'avons sur l'autre Sainte qu'un seul et unique Ubac, qui donc chez vous, les incrédules, pourrait prétendre posséder non seulement une «Grosse Colle» mais aussi une «Petite Colle»? Personne, bien entendu! Ceci étant dit, vous n'avez certes pas grand chose à nous envier, car tout englué par cette grosse qui colle, débute l'inexorable déclin de ce cross fabuleux et qui mène en désordre vers le sus-décrit Barnum. M'avouerais-je pour autant déjà vaincu, une heure à peine après ce vaillant départ? Que nenni. C'est alors que j'attaque le vol dit «aux arbres». Comme d'autres volent aux nuages - les Victorieux, celui que guette la plus abjecte des défaites, qui bientôt lui fera mettre pied à terre, peut encore espérer, en volant «aux arbres». Moins confortable il est vrai, le jeu consiste à observer les arbres afin de repérer ceux qui agitent leur ramures. Car là où les frondaisons ondulent, pourrait bien se cacher un thermique salvateur! Vous l'aurez compris le jeu est alors d'autant plus aisé que mes pieds sont près des arbres, bien que cependant de plus en plus inconfortable. Mais c'est sans compter sur l'irrésistible attraction de cette grosse qui colle, car c'est au prix d'une lutte inégale, il me faut bien le confesser, que tel Crésus attaquant les Perses, je vois mon empire s'effondrer avec un bruit de chiffon mou dans l'herbe tendre de ce printanier matin.

 

Oserais-je vous dire qu'en fin de compte pour tout or, ce plomb ne s'est changé qu'en une trajectoire sans extase de dix petits kilomètres? Mais bien sûr, les plus sages d'entre-vous savent déjà que la valeur n'attend pas le nombre des kilomètres!

 

http://abeillesduplandaups.free.fr/divers/2011-trace.jpg

Si c'était à refaire:

- j'attendrais vingt minutes de plus au Jouc de l'Aigle, car vingt minutes après avoir posé, le ciel s'est allumé de belle rues, proprement alignées au dessus de cette grosse qui colle et de ce singulier Ubac. Et dans une extatique trajectoire, propre à notre Maître à tous, j'irais rejoindre Saint Maximin au surpuissant thermique, qui bientôt m'ouvrirait les portes de cette inaccessible Victoire. Alors magnanime, je survolerais le pic aux mouches et sa bande d'incrédules, avant pourquoi non d'engager la quête du Saint Graal. Puis chemin faisant, je rêverais d'un bain et d'une photo, pour la gloire ou alors peut-être pour la légende, du pays des noix. Non mais!

- Je téléphonerais le samedi soir à chaque incrédule jusqu'à en convaincre une poignée de venir honorer l'autre Sainte, même fusse par un jour de printemps.

- Je laisserais partir devant les plus naïfs des incrédules pour servir de balises à thermique.

- Je n'hésiterais pas non plus à sacrifier un âne afin que les haruspices me soient plus favorables encore. Car de tous les animaux que possède mon voisin, les ânes ont l'avantage d'être nombreux quand de chèvre...il n'est plus!

 


 

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RV 10/05/2011 08:34



Excellent!



Bams 09/05/2011 17:02



En parlant de Gréco-Romains ... figurez vous que samedi ,dans la bagnole , je disait a Nico C ( un poete ) que j'avais le souvenir que le nom d'un ancien préfet des Gaules Romain avait été gravé
dans la roche à l'entrée de la clue qui va vers Saint Giniez , or ... j'avais le souvenir qu'il portait un nom qui m'avait marqué , du type ''Caius Bel anus ''ou un truc dans le
genre  ... bref ...on me traite de tordu , de grand malade et du coup les gars veulent lire le nom qui était gravé dans la roche . et bien c'était le préfet des Gaules DARDANUS ... Je me
disais bien que ce nom avait marqué mon esprit ...Ca dois faire froid dans le dos quand tu n'es qu'un paysan gaulois des Alpes voyant arriver les légions de Dardanus ... il y a dut y avoir
pas mal de Gaulois boiteux apres son départ ... Amis de la poésie et de la romance , bonsoir .



RV 08/05/2011 21:52



Merci Laurent! pour cette leçon greco-romaine...m'est avis que le talisman suprême, pour les meilleurs thermique,reste la figurine de Bams : j'en ai toujours une sur mon pendentif autour du cou
avec la dent de Crao ( fils des ages farouches) ; pour attirer les filles, l'arme fatale est biensur toujours un petit diffuseur à phéromônes bresseene, et pour être endendu dans la foule: un
extrait de corde vocale baujuse ( cette dernière étant à utilser avec modération ...


Enfin moi pour ce que j'en dis... je suis comme beaucoup : j'apprécie la prose de ceux qui ose!



Bressou 07/05/2011 17:01


La version feminine c'est la russe spice girl?


L@urent 07/05/2011 13:50



haruspice: nom masculin du latin haruspex. Chez les Romians, prêtre qui interprétait la volonté des dieux, notamment par l'examen des entrailles des victimes.


L'équivalent de la pythie chez les grèques, dont la plus célèbre officiait à Delphe et à laquelle il fallait sacrifier une chèvre. L'empereur Crésus la consultat avant d'attaquer les Perses. Elle
lui prédit qu'un empire s'effondrerait...Celui de Crésus s'effondra effectivement après qu'il eu perdula guerre.