103 km : Pic des Mouches – La Motte du Caire
Samedi 1er juillet, après une montée sous un soleil de plomb par face Nord, nous sommes six au départ du Pic des Mouches, bien décidés a faire un joli cross. Fred Puletti, Ingmar, Olivier Bams alias Bamsou, Olivier Bres, Louis et moi.
Il est midi, après avoir avalé un petit encas, nous nous préparons. Le ciel est bleu, le vent de face, ou léger sud-est. Quelques petits cums se forment au dessus de Rians, puis vers le Luberon. Ingmar et Fred décollent les premiers.
Les autres suivent. Ingmar et Fred se retrouvent assez vite bien haut et annoncent qu’ils partent en cross. Bamsou, Olivier, Louis et moi bataillons ferme. Dur dur, rien qui nous mene bien haut, 1300 au mieux.
Puis, après quelques minutes de grosses descentes je me retrouve à 1000m, coté Bayou des Vêpres, je pars vers l’Ouest, ca descend toujours… aie aie aie, me voilà à peine a 850m, de ce coté-ci de la Sainte, si je decends encore, il faudra que j’envisage de m’écarter du relief pour poser, je sens mon rève de cross s’éloigner… Un thermique fini par me re-hisser haut, ouf, il s’en est fallu de peu.
Un deuxième me hisse à plus de 2000m, là, je ne peux plus attendre, il faut que je me sauve, d’autant plus qu’arrivé à 2025m, je me fait tarter comme pas possible, comme si je me trouvais dans des rouleaux. Et c’est parti, direction plein nord, je vise Concors. Fred et Ingmar ne sont déjà plus en vue depuis un moment.
Arrivé a peine au grand Sambuc, au dessus de la piste de voiture, je suis bas, très bas, 850m, soit à peine 300m au dessus du sol ! Je suis a 6km du Pic, et là encore, ça va mal, je descend, je zerotte… Que faire ? je suis contré par du Sud Est, il y a de la foret partout, la piste de voiture sous moi, deux petites collines dont une surplombée par un château, juste à 300m à l’Est. En haut, les nuages se forment, très haut (3000m). Je me place coté Ouest des petites collines, pour espérer un thermique salvateur, qui finira par venir, ouf !
Et là, un seul gros thermique (+5) me fait passer de 900m à 2965m ! Je suis alors à la base du nuage, le ciel devient gris, je vois la Lune à l’Ouest par-dessus les nuages, j’ai l’impression de sortir de l’atmosphère terrestre, instants magiques et irréels.
Je repars vers le Nord-Est, où le vent semble m’emmener à cette altitude. Dans le ciel, les cumulus fleurissent un peu partout.
Alors au niveau de Cadarache, je pars vers le Luberon, où tous se dirigent d’après les échanges radio (pas toujours audibles) avec les autres.
Ca pompe un peu partout est je n’ai pas de mal a rester haut. J’arrive sur le grand Luberon, à l’Est, bien haut. Ca y est, je vais dépasser mon précédant cross depuis le Pic (posé à l’entrée du Luberon, soit ~30 km).
Direction plein Nord. A la radio, Olive annonce qu’il est posé. Peu de temps après ou avant, je ne sais plus, Bamsou annonce également être pris dans du sud-ouest fort et va poser. Je continue ma route, l’air est peu turbulent, les thermiques sont là, mais avec de belles descentes entre zones montantes, la tendance est parfois sud-est, parfois sud-ouest. J’arrive assez bas sur le village de la vachères (aie aie la vache !), à 300 m environ. La vue est superbe, le village est magnifique, perché sur sa colline, les maisons en ronds, et les champs de lavandes tout autour dispersés.
Et je remonte a nouveau pour un nouveau plein de super (sans plomb, ni pollution, 100% nature ;-) ). Je dois faire un choix : au nord, coté ouest, un gros village au loin, les nuages sont bien formés, ca doit donc tirer, mais le sol est à l’ombre ; coté est, il y a moins de nuages, pas de village, des champs et des collines, quelques fermes mais le sol est ensoleillé. Je fais le choix pour le coté ensoleillé. J’arrive assez bas (1000m), sur une zone avec des champs plutôt clairs (du blé sans doute) et un relief boisé de pin, versant ouest. Ca monte un peu. Plus a l’Ouest, une configuration similaire, mais avec des champs sombres et des petites collines plus prononcées : c’est parti, j’y vais, ca devrait monter. Sur place, peu de thermiques.
Devant moi, au Nord, la montagne de Lure, imposante. Là, c’est un changement de décor complet. Je passe d’un vol de plaine presque paisible, a la petite montagne. Cependant, une belle et grande forêt est a traverser avant d’atteindre le sommet de la montagne de Lure. Pas de vache raisonnable vraiment possible. Que faire ?
Pas de risque stupide. Je reste en local. Un beau gros cum se trouve au dessus de la montagne, avec la tendance Sud-Ouest, je vais attendre patiemment le thermique de 16H58... En attendant je prends quelques photos. Puis le thermique arrive, à l’heure ( ;-) ) et c’est parti, je prends ma respiration, je bois, et go! j’enroule en décalant, ca monte tranquille.
Tiens, c’est pas si désert ce coin, il y a quelques voitures sur la montagne de Lure. Je passe au dessus des antennes, le nuage au dessus pompe bien, la base est bien grise (trop grise ?) quelle vue ! mais... boum, d’un coup ca brasse, gros bruit, une frontale, la voile me passe bien devant, je re-stabilise le tout, je respire trois fois... Aller, ne restons pas trop dans le coin, même si la vue est belle. Un zinc passe plus bas que moi, à l’ouest, je continue vers le Nord, avec une vue très aérienne !
Je traverse la petite vallée près du village de Noyer-sur-Jabron; Je passe verticale au dessus d’un village abandonné, les toits sont détruits depuis longtemps on dirait, seul l’église semble intacte.
Je recois Ingmar en radio, il vient de poser : il s’est fait prendre trop bas dans une vallée et a du poser.
Devant moi, la vallée de Sisteron.
Encore un choix à faire : soit continuer vers Laragne avec quelques vallées a traverser, mais le tout est à l’ombre ; soit changer de cap, plein Est, vers Sisteron, le tout au soleil de l’autre coté. J’opte pour Sisteron, j’irais à Grenoble un autre jour ;-)… Mon GPS affiche plus de 90km jusqu’au Pic. Le nuage au dessus de moi tire bien, trop bien, je commence a prendre quelques gouttes d’eau, ouh-là, ne traînons pas.
Je passe quasiment au dessus de Sisteron, bien haut (1500m), direction Saint Geniez. Et je me dis qu’un Pic des Mouches- Saint Geniez, ca serait pas mal ! Mais voilà, le relief est loin, et ca descend, aie. Que faire, finir le vol et me poser tranquille ? Non, devant, c’est bien ensoleillé, les faces Nord-Ouest de la montagne devant moi devraient logiquement donner, avec un cum au dessus, j’y crois.
Je passe sur la crète, à 50m sol, pas de vache possible ici, faut que ca monte. Et ça monte, devant la falaise, c’est reparti pour un plein (toujours 100% nature) ! Je tire vers le village de Saint Geniez, que je survole a plus de 2300m.
Là, partir vers l’Est ne me parait pas raisonnable, c’est trop perdu comme coin. Direction Nord, je survole la vallée vers le village de La Motte du Caire. Un planeur se pose sur la base du coin.
Il est 18h, voilà bientôt 5h30 que je vole, je suis fatigué, je ne sens pas de continuer, la suite semble faisable vers Saint Vincent les Forts, mais je ne connais pas le coin. Ca tient pourtant bien. Aller, stop, j’ai bien du passer la barre des 100km, pour mon quatrième cross, je crois que ça peut suffire…
Les champs autour du village sont cultivés, pas de pose facile. Je reviens verticale base des planeurs, quelques 3-6 et je me pose a coté de la piste (j’ai bien eu envie d’aligner la piste comme un 747 !), fin du formidable voyage. Quelques coup de fils, je plie la voile, puis demande à un pilote de planeur (un belge très sympa) de m’emmener au péage de Sisteron.
Là une deuxieme aventure m’attend : 1h45 de stop… au péage sud, puis au péage nord (où j’espérais avoir plus de chance d’être pris). Une voiture suisse s’arrête : un français qui va sur Trets, génial ! Trop sympa, il m’offre même quelques gâteaux. On écoutera le foot à la radio. Je me fais déposer à Rousset, Fred vient me récupérer, on regarde les dernières minutes de France-Brésil tout en se racontant notre vol. Je ne m’aperçois même pas du coup de sifflet final, on a gagné ! Belle journée ma foi !
Le vol en quelques mots :
- super ambiance au décollage au Pic, merci les gars
- la joie de m’extirper du point bas à la Sainte
- la joie à nouveau de me sortir du point bas vers concors
- la montée au nuage au dessus de concors, à près de 3000m et l’atmosphère magique entre nuage, terre et Lune à l’horizon
- la traversée de l’Est du Luberon et l’entrée en terre complètement inconnue pour moi
- les choix tactiques qui ont payés (rester coté ensoleillé, viser les petits reliefs en plaine (merci Bamsou), viser les faces Ouest de préférence, viser les zones de champ sombre plutot que clair, ne pas hésiter a quitter une zone si on pense qu'une autre pas trop loin donnera mieux)
- l’engagement pour passer la montagne de Lure et sa forêt coté sud
- la crainte des nuages parfois menaçants au dessus de ma tête vers Sisteron
- le survol de Saint Geniez et du coup l’arrivée sur un site de vol que je connaissais (en local)
- la longue attente d’être pris en stop et quelques reflexions sur notre société individualiste...
A propos de stop, je vais me refaire un panneau : au lieu de « Parapente – Retour – Sainte Victoire », je vais mettre « Parapente - Retour - Aix-en-Provence », au moins les gens connaîtrons =:-) !
Un vol dont je me souviendrai ! J'espère que ca donnera envie a ceux qui hesite encore de se lancer. A aucun moment je n'ai pris de risque inconsidéré. Il a fallu un peu d'audace, de la chance aussi, j'avais de quoi boire en vol (important pour garder ses neurones dispo), et le GPS m'a également aidé pour m'assurer que je n'allais pas contre le vent.
a+ Lionel
PS: merci a Francis pour la navette au col des portes et Fred pour l'eau fraiche de fin de journée !
Les déclarations sur la CFD avec les traces GPS d'Ingmar, Bamsou et moi pour ceux qui veulent voir les trajets de chacuns:
http://www.ffvl.fr/Competition/Parapente/cfd_pp/cfd/cfdSmartList.php?pTitle=du%2001%2F07%2F2006&pTypeList=grp&pSelect=flightDate=20060701
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