Le Parapente en Provence
30 Mars 2008
Les paralpinistes (j’en ai marre de ce terme, il faut que je trouve un autre qualificatif : les couillons peut-être…) sont à l’œuvre. En effet, ils se chient à monter des montagnes même
quand la météo est en grève : bref même quand il y a de fortes chances que ça ne vole pas. Rien que pour le plaisir de les grimper, les montagnes…
Ah !, ils en ont, vous pouvez me croire…
Nous sommes en terrain connu de par notre expérience de ce type d’ascensions. Nous savons pertinemment que nous devons progresser lentement ici à travers une forêt touffue qui nous cache le pertuis du couloir. Nous apercevons vaguement l'ascension tout au fond: la cible est clairement identifiée dans notre mental.
D'autres cascades abondantes mais glacées gênent notre progression, mais nous savons qu’elles font partie du plaisir de l’escalade, nous signalant la bonne voie par des balises que nous
recherchons confusément dans ces passages incertains…
Hélas, le vent nous agresse à la sortie du couloir, nous qui sortons de là éblouis, aveuglés et fourbus, comme dans un rêve d’une bête immonde sortant de sa grotte. Comme nous le pressentions le
sommet récompense est débonnaire et se décolle de partout.
En bas au loin, l'attéro fantasmatique devient hors de portée, comme tous les fantasmes d'ailleurs!
Ça ne volera pas ! Va t’on avoir trimé sans récompense, sans délivrance, sans repos des guerriers que nous sommes finalement (surtout Serge. Moi finalement je me tiens à l’arrière, même si
ça m’ennuie de l’avouer…Mais il y a des témoins, je ne peux pas dire que c’est moi l’initiateur, je dirai ici l’éclaireur, le sondeur, le spéculeur !). ???
On se dit alors qu’après un dernier effort pour parvenir au col, étape ultime, la montagne nous accordera de déployer nos rouges corolles pour jouir de la descente, sublime récompense mais aussi calcul pour ne pas désespérer les couillons de la gravir encore et encore.
Seul Jean-Marc, sans doute le plus frustré, se lance dans l’aventure thermique de cette chaude aventure. Il faut dire qu’il n’est pas doté pour l’instant encore de ces accessoires, de ces bidules, de ces machines, de ces ustensiles, je veux dire de ces piolets dont nous sommes, nous, fabuleusement pourvus. Mais il sait décoller face au bord d’attaque, le bougre (mais aussi du bord de fuite)…. Et condescendant et rabougris, saturé de vide, oppressés des couloirs (si je puis être vulgaire au cours de ce texte sublime et sublimé…), nous le persuadons de faire fusible. Lui, il est inconscient, intact, vierge, oserais-je supputer, de ces couloirs de la mort. Juste mal fagotté d’un piolet léger, inoffensif en somme, dont il se contente « pour ne s’allourdir ». Il n’a pas encore compris le fol qu’au contraire, ça faisait pendant, si je puis m’exprimer ainsi, à nos gros sacs….
A la vue de ses yo-yo dans les thermiques survoltés d’après-midi, nous nous sentons incapables d’assumer cette fin de partie. J’ai honte de l’avouer ex post. Serge invoque un lumbago, moi une lâcheté supplémentaire. Philippe, provocateur, fait mine de déployer sa corolle pour la remettre aussi sec dans son sac de contention (pas sûr finalement qu’elle ne soit pas sortie mouillée de cette humidité neigeuse comme vous le voyez sur la photo témoignage…).
Nous redescendons à pieds au bas de la vallée et ses vallons, comme des couillons (je vous le disais au début), dans une nature soudain désappointée et humiliée, qui ne nous fait pas de cadeau, nous griffant au passage dans sa forêt, où nous avons du mal à nous orienter, divagant dans ses replis.
Nous arrivons finalement aux voitures pour nous enfuir au plus vite, honteux de cette incartade, et rentrer pour ma part chez maman…. Un samedi comme les autres quand on se persuade que la météo est bonne.
La vie est belle et c’est tant mieux!
Jean-Marc, Jean-Marie, Jean-Baptiste, Philippe, Serge, Michel et Pierric