Vol sous le vent
Gros sketch et très grosse frayeur aujourd'hui à l'ouest.
J'en parle pour exorciser l'évènement et pour que ça serve de leçon aux autres :
sous le vent, c'est l'enfer, on ne le répétera jamais assez.....
Du monde au déco sud à l'ouest cet aprem, des rafales entre 30 et 35 km/h.
Tout en déconnant avec les autres, je fais ma petite analyse :
- du météo sud soutenu agrémenté de bouffes thermiques.
Normalement l'activité thermique devrait baisser en fin d'après-midi et ça pourrait donner un vol magique avec aller-retour au Pic, la cerise sur le gâteau.
J'ai déja fait ce type de vol : un régal.
Après avoir pris la météo sur portable, Georges, Steph, Béné et Laurent décident de partir sur le Cengle : le sud va aller en se renforçant, mais la météo se gourre tellement ces derniers temps.....
Bamsou, Eric,Gérard, Bressou, Béa, William,Thierry, deux autres pilotes et moi même décidons d'attendre.
Parfois ça semble baisser puis ça repart de plus belle.
Et cette envie de voler à tout prix, cette situation que je connais, cette envie à la con de faire le fusible malgré les recommandations des potes :
- "N'y va pas Loïc, franchement c'est un peu fort et les créneaux décollables sont vraiment très courts...."
Dans la vallée une fumée droite même pas couchée.
Si c'est fort au déco c'est qu'on est dans le venturi, devant ça doit être bon.
Béa me fait remarquer que ça passe parfois Est, bof pas flagrant.
Bamsou me répète pour la 3 ème fois de ne pas y aller.
Dans ce que je crois être une baisse, je lève la voile, elle me prend en charge immédiatement, je me retourne très vite, mais bras hauts et penché en avant dans la sellette je recule.
Je maintiens un peu de pression dans les freins pour garder le contrôle de l'aile et pousse le premier barreau de l'accélérateur.
J'avance doucement tout en montant, mais arrivé devant le déco, c'est l'enfer, amorce de frontale et 1/3 d'aile à droite : je plonge vers le sol, contre à la sellette, je mets de la pression au frein dans le côté qui est resté ouvert, le côté droit se regonfle, mais ça referme à droite illico, une demi aile, et là ça engage sur un quart de tour avec une grosse perte d'altitude, le sol se rapproche , à cet instant le récit de la chute de Steph dans les calanques me traverse l'esprit, je ne pense plus alors qu'à une chose : garder la voile ouverte au dessus de la tête, ne surtout pas percuter la planète et dégager du relief.
La voile réouvre, je ne regarde plus le sol mais ma voile, je ne veux pas la voir se transformer en une boule incontrôlable, surtout ne pas surpiloter et rester sous elle à tout prix.
Sur le déco j'entends les cris des amis :
"Dégage de là ! ! ! "
Je ferme pour la troisième fois à droite et je replonge de nouveau, j'aperçois Eric qui cavale pour me récupérer, mais la voile réouvre in extrèmis et je me dégage du rouleau latéral qui vient de l'Est.
Je monte, j'avance, et m'éloigne des reliefs sur ma gauche, l'aile est calme maintenant, je fais les oreilles mets un peu d'accélérateur et me dirige fortement dérivé vers l'atterro.
Je pose en Sud/est dans un petit champ d'oliviers, le plus loin possible de tout relief.
Posé vivant, posé content.
En conclusion plusieurs leçons à retenir :
- Aucune analyse n'est parfaite à 100%, l'Est/sud-est fort est redressé à l'ouest, et on dirait vraiment du Sud, sauf qu'on est dans les rouleaux des falaises sur notre gauche.
- Les nuages en altitude qui ne bougeaient pas m'ont trompé, en basse couche, ça dépotait, là haut moins.
- Les conseils des amis, unanimes pour me dire de ne pas y aller auraient dû me convaincre de renoncer, c'est très bien de se faire sa propre analyse, mais l'avis de gens compétents doit toujours être pris en compte.
Bref, comme me l'a dit Olive en partant : " Je ne sais pas combien tu as de jokers dans ton jeu, mais aujourd'hui tu en as utilisé un ! ! !"
J'ai retenu la leçon, merci les poteaux, et surtout, n'hésitez pas, si vous me voyez faire des conneries, dites le moi, on apprend à tout âge.
Loïc