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Publié par Frigorifix

Je viens de rélaiser que certains d'entre vous ne connaissant pas forcément le Chant du Vario, vous n'avez peut-être pas eu l'occasion de lire les histoires délirantes publiées récemment par Gilles (un pilote du coin, plus précisément d'Istres si je ne me trompe). Du coup je me suis permis de reopier ici le premier, paru le 22 décembre dernier :


 

[ Putain d'zef ! Trois mois !...  ça fera trois mois tout pile à Noël que ça souffle plein Nord sans discontinuer.  Grrrr  Pas moyen de voler.... Fou

C'est le dérèglement climatique qu'ils nous disent à la radio et dans les journaux télévisés où les climatologues de renom se relaient pour nous expliquer la situation. De leurs cotés,  les politiciens de tous bords en profitent pour se rejeter la faute les uns sur les autres....  et que "eux, cela fait bien longtemps qu'ils nous avaient prévenus, et qu'ils connaissaient la solution et qu'ils sont les seules à pouvoir la mettre en œuvre, contrairement aux autres des autres familles politiques", etc, etc... . C'est toujours comme ça en période de campagne électorale !  Et tous ces faux culs qui se traitent  de moins que rien, que tout sépare à les écouter, et plus encore depuis des mois, et bien dés le soir du premier tour et avant même le second, par le jeux des alliances, des reports de voix et des portefeuilles qu'ils se distribuent déjà entre eux sous le manteau, avant même la victoire espérée, et bien  ils vont redevenir les meilleurs copains du monde et se découvrir toutes les valeurs, les qualités et les programmes communs possibles. De toute façons, entre l'alternance et la cohabitation, depuis des décennies, il n'y a plus de réelle majorité ou d'opposition. Ils sont tous passés aux affaires, chacun leur tour, et plusieurs fois, et le résultat est toujours le même pour nous : Ce putain de vent de Nord continue de souffler.  Grrrr

Trois mois, bientôt trois mois sans pouvoir voler ! A deux jours de Noël, j'en peu plus !  Grrrr

Ok, le ciel et dégagé, et la luminosité toute provençale qui baigne le pays est remarquable, et même incroyable en ce début d'hiver pour les habitués à la grisaille des capitales d'Europe du Nord. Mais avec toujours ce Nord rafaleux, jamais moins de 60 à l'heure, le plus souvent au delà de 80 et des bourrasques  à plus de 130, forcément les températures sont diaboliquement basses. Bientôt six semaines continue en négatif, même aux heures les plus chaudes de la journée, et ici au bord de la Méditerranée ! Qu'est-ce que ça doit être sur les bords de la mer du Nord ?!... Et dire que c'est ça qu'ils appellent le réchauffement climatique !
Hier j'ai eu Patrick de Samoëns au téléphone, il ne regrette pas d'avoir pris sa retraite : l'école ne marchait plus assez régulièrement. Ils n'ont pus  voler qu'une douzaine de fois l'été dernier, et encore, avec des petites surfaces équipées de raidisseurs en fibre de kevlar pour assurer la bonne tenue des bords d'attaque. Il n'y a plus que ça pour voler de temps à autres, et lui, il n'arrive décidément pas à s'y faire à ces voilures, même les moins radicales : les 8m2 décollables à pieds. Il a décidé de jeter l'éponge. A plus de 70 ans, dont 50 dévoués à la cause des chiffons volants, il a bien gagné le droit à prendre un peu de repos. Malheureusement il n'a pas encore tous ses trimestres pour toucher une pension convenable. Chienne de vie...

Je raconte des conneries, en fait, il y a bien eu une petite accalmie toute fin Novembre, un créneau de 2 où 3 heures au lever du jour, une fenêtre inespérée. Le Pr Frigorowski, le doyen de la fac de médecine de Marseille, avait décidé de reporter ses cours sans prévenir ses élèves ce matin là. Ce type est un vrai passionné. Malgré sont âge et ses responsabilité, il l'est toujours autant ! Au début du siècle, il avait été l'un des premiers à utiliser des micro-voiles pour voler dans du vent soutenu, et les techniques qu'il a mis au point à l'époque pour continuer à prendre l'air quand les conditions forçaient sont toujours au goût du jour :  les protos ITV à surface variable 5 à 7m2, les bords d'attaque en fibre de kevlar à mémoire de forme pour éviter les asymétriques dans les rafales , les caissons à valves pour amortir le tangage dans les bourrasques,... enfin tous ces trucs qui nous paraissent évidents aujourd'hui. Quand on revoit les images 2D d'époque compilés par papi Yeager, on se dit qu'il avait fallu que les anciens soient sacrément gonflés pour oser prendre l'air avec des voiles qui les arrachaient et les trainaient au sol en faisant spi parce qu'elles ne montaient pas à plat. Ce qui nous semble pourtant être une évidence aujourd'hui !


On en voyaient certains devoir courir vers leurs voiles en essayant de les retenir pendant qu'elles montaient. Et dire que les gars devaient souvent se jeter dans la pente et faire plusieurs pas, 3 des fois 4 ou plus avant d'être pris en charge ! Vous vous rendez compte des risques qu'il fallait prendre : s'élancer droit dans des pentes mal pavées en espérant qu'une voile dont le bord d'attaque et les ouvertures de caissons, qui étaient en tissus mous non rigidifiés veuillent bien rester tendus et se gonflent  sans se prendre dans une végétation de touffes d'herbes exubérantes? tout cela sans certitude à 100% de pouvoir décoller !  
Et bien le Pr Frigoroswki , il en était déjà !

Et donc, le mois dernier, lorsque les alertes météo on sonnées sur les coups de 3 heures du matin pour annoncer au lever du jour un probable créneau  de 2 à 3 heures volables avec  du N-NE  à 50 km/h et des rafales ne devant pas dépasser les 70, sur le coup, on y a pas cru de suite. Mais bon, même si on prenait le risque de monter sur la chaine de l'Etoile une nouvelle fois pour rien, cela valait le coup d'être tenté tout de même. Au pire on aurait fait une bonne ballade au grand air ! Et puis, cela aurait été trop con de manquer une pareil occase si des fois ça le faisait ! Du 50, et pas plus de 70 en rafale c'est quand même pas tout les jours qu'on y a droit ! Avec une température du sol  et en plaine inférieur à -18° toute la nuit précédente, et le soleil brillant dans un ciel parfaitement dégager au lever du jour, on pourrait espérer du -5° à -7° sur les coups de 10h dans les combes ensoleillées et abritées du vent. Donc peut-être même des chances de faire un vol avec composantes thermiques  !  

Et c'est comme ça qu'on s'est retrouvé à avec le Pr, et quelques autres sur les coups de 6h30 sur les hauteurs entre Peypin et Mimet, avec au loin la Ste Victoire toute blanche qui n'allait pas tarder à s'illuminer des premières lueurs du jour, et derrière nous Marseille la Blanche encore endormie. Sitôt les chaussures cramponnées, il ne nous a pas fallut plus de plus de 45 minutes de marche sur la glace pour arriver au déco. La neige sur la Sainte brillait déjà de mille feux, et le vent avait effectivement faiblit en infléchissant légèrement plus à l'Est sa course que d'habitude. On en était encore à 70, mais mollissant.  A 8h45, c'était encore un bon 60, mais on allait pouvoir se mettre en l'air dans des conditions inespérées pour la saison ! A 9h les voiles étaient toutes sorties des étuis, gonflées à l'hélium, les pressions vérifiées : 200 gr pour tout le monde, nous étions parés.

C'est le Pr Frigorowski a été le premier a décoller malgré l'arthrose due au froid et à l'âge qui le faisait souffrir.  Nous l'avons tous suivi et bientôt dépassé. Mais fort respectueusement, par égard pour le monument qu'il représente dans l'histoire locale du parapente et les responsabilités qui sont maintenant les siennes à la fac. Personne n'a oser lui faire remarquer qu'il volait vraiment "à la papa" : sans les instruments et avec un plan de vol des plus aléatoire.  

Après une trentaine de minutes de soaring  dans les règles de l'art :  -20 m du relief lorsqu'ils est à main droite, + 30 lorsqu'il est à main gauche, badins régulés sur 60 nœuds  pour éviter les accrochages et les dépassements hasardeux, les premières bulles thermiques on fait leur apparition.

Le message radio du directeur de vol a annoncé la bascule en vol thermique : élargissement des voilures à 6.5 m2, réduction de la vitesse à 40 nœuds, on allait enfin pouvoir voler hors de couloirs, sans limite basse ni haute d'altitude. Voler en libre, pour de vrai. Deux ans que j'attendais  ce moment là.  L'essence même du vol libre. Le Saint Graal.  

Sitôt le feu vert donné, nous sommes tous sortie des couloirs à petite vitesse mieux exploiter les thermiques. Le vent météo n'était plus que de 50 km/h au sol. C'est là que le Professeur de médecine nous a tous bluffé : il a pris de suite 800m de gain dans du + 7 en spiralant  comme on n'avait jamais vu personne le faire auparavant !  Un truc de folie. Son expérience du début du siècle ou il était encore possible de voler en thermique régulièrement, au tout début du réchauffement climatique, faisait toute la différence. Il avait, durant sa jeunesse,  voler dans ces condition durant des centaines d'heures, une expérience  devenue aujourd'hui presque impossible à accumuler en une seule vie pour un jeune pilote.

En 40 minutes, il était au plaf, à un peu plus de 6000m, alors que nous, nous bataillons tous comme des diables pour passer la première couche d'inversion à 4700. Il nous a alors envoyé un message radio laconique, que personne n'a trop bien compris sur le coup : "Je pars en cross".  

Il y a eu quelques secondes de silence, que venait-il de dire ? Il partait en quoi ? En couille ? Assurément non : sa voile semblait voler tout à fait normalement... Nous ne savions que penser. Puis soudain la voix du directeur de vol dans la radio nous sortait de notre torpeur et venait  nous rappeler à l'ordre : "Fermeture de la fenêtre de vol dans 40 mn, tout le monde au sol dans 30mn maxi. Préparez vos approches.  Le vent va repasser plein Nord et forcir jusqu'à 90 km/h dans moins d'une heure. Bien reçu ?". Tout le monde avait bien reçu et à 10h45, même les derniers étaient au sol, les voiles bien rangées dans les étuis.  Le vent avait déjà tourné, plein Nord et prenait régulièrement plus de 100 dans les rafales.  Mais peu importe, on avait tous la banane, ce créneau avait été inespéré, et puis la chance de pouvoir faire un vol thermique de 40 minutes hors des couloirs, c'était vraiment un pied exceptionnel, du grandiose !  
Nous nous retrouvons bientôt tous au bistrot devant un café de synthèse brulant à nous raconter avec force détails les moments inoubliables que nous venions de vivre. Riant et parlant fort, se moquant les uns des autres, ivres du bonheur d'avoir vécu ces moments extraordinaires ensemble. Nous interpellant joyeusement d'un bout à l'autre de la tablée :

- Dis donc Francis, t'as encore faillit partir sans fermer ta sellette !
- Oh Pierrot, j'vais tout de même pas me laisser donner des leçons par un apprentis pilote dans ton genre qui fauche les crêtes des sapins en bordure de déco !...
- Quand tu sauras faire le plaf à plus de 5000 en thermique t'auras le droit de causer.
- P'tit joueur va . Ici y'a que le Frigo que j'autorise à me donner des leçons, et encore c'est parce qu'il a été le seul à passer les 2 couches d'inversion ce matin.
- A propos, il a dit à la radio qu'il "partait en torche" ?
- Mais non, t'as les oreilles pleines de salade, il a dit qu'il "partait en Corse" !
- N'importe quoi, il en revient à peine de Corse, c'était pour les vacances de la toussaints, et là ilo avait pas les valises !
- Mais non bandes d'ânes, c'est pas en Corse qu'il était, mais en Sardaigne, t'y connais rien. Il a dit "je parle encore"... ou quelque chose comme ça, mais je l'ai pas bien tout compris.
- Et bien couillon, demande lui au lieu de disserter pour rien. Oh Professeur !... Il est où d'abord le Frigo ?...

Puis ce furent de longues secondes de silences dans l'assemblée, le visage du directeur de vol  blêmit soudainement.
 
La silhouette rondouillarde du Pr. Frigorowski aisément reconnaissable car toujours revêtu d'une combinaison de vol  en polaire rouge vif aux manches et à la capuche bordés d'une fourrure aussi blanche que sa longue barbe n'étaient pas là. Il ne fallut que quelques instants à chacun pour réaliser que dans l'excitation de l'après vol, personne ne l'avait vu prendre son tour dans la procédure d'approche du terrain, personne n'avait vue sa voile dorée faire sa prise de terrain précédée de son habituel 3-6, histoire de taquiner le directeur de vol qui n'appréciait jamais trop, personne ne l'avait vu ranger son matériel dans son Van. Un Van qui n'avait pas bougé du parking au pied du chemin.

Il n'était donc pas redescendu ...   Le directeur ouvrit aussitôt son Ipad 8 pour vérifier si le transpondeur de Frigo émettait toujours sur la fréquence.  On ne le recevait plus. Dehors l'anémomètre oscillait maintenant entre 100 et 120 comme presque toujours depuis les deux derniers mois.
 
Pendant qu'on prévenait les secours et demandait de l'aide aux contrôleurs aériens de Marignane et Toulon, le Directeur consultait fébrilement l'historique des infos émises ce matin par le transpondeur de vol de Frigo :
9h02 décollage du Professeur, soaring en face N puis NE  jusqu' à 9h35. Changement de surface de voilure et de vitesse pour le thermique, Puis la montée en spirale, 6012m d'altitude à 10h20 à l'aplomb d'Aubagne.  10h22, 6007m d'altitude,changement de cap : vol en ligne droite au E-SE, vitesse sol  97 km/h, taux de chute inférieur à 0.12 m/s.  Il maintient son cap, jusqu'au dessus de St Mandrier, après  s'être refait 300 m de gain au dessus de Sicié ! 11h03 il passe à la verticale de la pointe de l'Escampobariou sur presqu'ile Giens à 5120 m d'altitude. Avec le vent qui a forcit, sa vitesse sol est maintenant  de 112 km/h ! Au dessus de Porquerolles, il  reprend 6253m d'altitude et infléchit son cap vers le SE avant que l'on ne perde sa trace définitivement à 11h16 au dessus de la Méditerranée. Le vent est alors passé au N sur le secteur avec des pointes à plus de 140 sur la mer déchaînée.  

Bon sang, avec un pareil vent même avec les 18 de finesse de sa vieille voile de sport, aujourd'hui dépassée mais dont il sait exploiter toute la solidité dans les turbulences, il lui sera impossible de remonter au vent pour rejoindre le continent et ... et la Corse est encore bien trop loin.

Un silence de plomb est maintenant tombé sur le petit café. Seul la voix des contrôleurs aériens qui poursuivent les investigations raisonne encore à travers le minuscule HP de L'Ipod 8. Tous ici ont en mémoire les visages des derniers pilotes disparus en mer, la légende de Saint Exupery,... des souvenirs que l'on souhaitait à jamais du passé et qui ressurgissent soudain quand on s'y attend le moins.

Les contrôleurs de Toulon annoncent en radio qu'ils ont pu suivre la trace de son transpondeur jusqu'à 12h20, il faisait toujours cap au SE, avec 102 km/h de vitesse sol, mais il n'était plus qu'à 1200 m d'altitude et continuait de descendre...    
  
Il est maintenant 13h passées, personne n'a osé rompre le silence et quitter le bistrot. Les yeux des pilotes sont maintenant perdus au fond des tasses de café froid.  Voila 20 minutes que plus aucune voix n'a raisonnée sur le HP de l'Ipod 8.

Un grésillement, puis c'est le contrôle aérien Toulon-Hyères qui relai un message reçu par l'antenne du CROSS Med de Calvi : " Les hommes de quart du ferry à grande vitesse Napoléon IV, qui assure la liaison Toulon-Ajaccio, viennent d'apercevoir à  70 km au large dans le secteur NO de Calvi, un parapentiste vêtu de rouge sous une aile dorée en train de décrire des petits cercles au dessus des navires croisant dans la zone. Evoluant probablement à une altitude estimée entre 300 et 500m, ce dernier semble utiliser les ascendances provoquées par les vapeurs sortant des cheminées des navires équipées de moteurs à hydrogène pour se maintenir en vol. Il n'a pas donné suite aux appels radio lui proposant de le secourir en cas d'amerrissage.  Le seul réponse entendue serait "Faites pas chier, je noyaute."

Sur les coups de 16h45, il terminait son vol à Ajaccio, un peu en vrac, les suspentes prises dans la cheminée de la Mairie, pour la plus grande joie des enfant qui sortaient de l'école maternelle voisine : C'est pas toutes les avant veille de Noël qu'ils voyaient un vieillard bedonnant à la longue barbe blanche, tout sourire au lèvres, et entièrement de rouge vêtu, arriver du ciel et se retrouver ainsi pendu à une cheminée fumante, en chantant "Bon sang, c'est pas l'Pérou mais beau la vie, p'tain d'Cross".

En effet, depuis les débuts du grand dérèglement climatique et que le vent de Nord souffle en tempête sans discontinuer, voila bien longtemps que plus personne ne sort dehors la moindre décoration en période de Noël.  


Dis, papa, c'est quoi un cross ?  banane qui s'?crase]

 

 

D'ici quelques jours, je vous mettrais son histoire de Noël, tout aussi captivante !

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Commenter cet article

RV 09/01/2012 12:01


Moi je suis prèt à me faire éditeur!!

Gillef 09/01/2012 11:12


Merci pour vos encouragements. Et à plus tard pour de nouvelles aventures... enfin peut-être.

Thomas 07/01/2012 17:03


C'est génial j'adore !

dgerzy 06/01/2012 22:36


j'adore ! Encore, encore !!! 

georgio 06/01/2012 22:17


Ce n'est pas loin ce Cormac Mc Carty dans son roman "la route", mais en moins noir bien que !